La cardiomyopathie hypertrophique (HCM) du chat : la maladie du cœur qu'on ne voit pas venir
La CMH est la première maladie cardiaque du chat. Souvent silencieuse, elle se dépiste par échographie et concerne surtout certaines races. Voici comment la comprendre, la repérer et réagir vite en cas d'urgence.
Publié le 24 juillet 2026Mis à jour le 13 août 2026 6 min de lecture

Sommaire
La cardiomyopathie hypertrophique, souvent abrégée en CMH (ou HCM, pour hypertrophic cardiomyopathy), est la maladie cardiaque la plus fréquente chez le chat. Son nom fait peur, mais l'idée est simple : le muscle de la paroi du cœur, surtout celui du ventricule gauche, s'épaissit. Un cœur normal se remplit et se vide sans effort. Quand ses parois deviennent trop épaisses et rigides, la cavité se remplit moins bien, le cœur travaille dans de mauvaises conditions, et des complications parfois graves peuvent apparaître.
Le plus déroutant pour les propriétaires, c'est que beaucoup de chats atteints n'ont aucun symptôme visible pendant des mois, voire des années. Un chat peut sembler en pleine forme et vivre avec une CMH sans que personne ne s'en doute. C'est pour cela que comprendre cette maladie, savoir quelles races sont concernées et connaître les signes d'urgence peut réellement changer les choses.
Qu'est-ce que la CMH, concrètement ?
La CMH correspond à un épaississement anormal du muscle cardiaque (le myocarde), en particulier au niveau du ventricule gauche, la principale chambre de pompage du cœur. Ce muscle épaissi devient moins souple. Le cœur se remplit donc moins bien de sang à chaque battement, ce qui peut, avec le temps, entraîner une accumulation de liquide dans les poumons (œdème pulmonaire) ou la formation de caillots de sang.
On la dit fréquente parce que les études internationales estiment qu'elle toucherait environ 10 à 15 % de la population féline générale, une proportion qui grimpe nettement chez certaines races prédisposées. Ces chiffres proviennent surtout d'études menées hors de France, mais ils sont largement repris par les sources vétérinaires françaises.
Pourquoi certains chats sont-ils plus à risque ?
Chez de nombreux chats, la cause exacte reste inconnue. Mais chez plusieurs races, la CMH a une composante héréditaire bien documentée. Des mutations génétiques ont été identifiées et peuvent être recherchées par test ADN.
Deux mutations du gène MYBPC3 sont les mieux connues. La première, appelée A31P (référencée HCM-A par le laboratoire français Antagène), concerne principalement le Maine Coon. La seconde, appelée R820W (HCM-C), a d'abord été décrite chez le Ragdoll et est aussi recherchée chez d'autres races comme le British Shorthair, le British Longhair ou le Scottish Fold. Chez le Sphynx, une mutation du gène ALMS1 a été proposée, mais son rôle exact fait encore débat dans la littérature scientifique : le test ADN correspondant est donc à interpréter avec prudence.
Ces mutations se transmettent sur un mode autosomique dominant, avec une expression très variable : selon les individus, la maladie peut apparaître dès quelques mois de vie ou seulement à un âge avancé, et un même statut génétique ne se traduit pas toujours par la même gravité. Certaines races sont par ailleurs considérées comme prédisposées sans qu'une mutation validée ait été identifiée à ce jour.
Un bloc « races concernées » complète cet article
La liste précise des races à surveiller, avec leur statut de dépistage, est générée automatiquement depuis notre base de données de fiches races. Reportez-vous à ce bloc pour savoir si la race de votre chat est concernée et si un test génétique existe pour elle.
Les symptômes : souvent aucun, jusqu'à l'urgence
La grande difficulté de la CMH, c'est son silence. De nombreux chats atteints ne montrent aucun signe. La maladie est parfois découverte par hasard, lorsque le vétérinaire entend un souffle ou un rythme anormal pendant une consultation de routine. Un souffle n'est pas toujours grave, mais il justifie de creuser.
Quand des symptômes apparaissent, ils traduisent souvent une complication. Les signes à connaître :
- Une respiration rapide, difficile ou avec l'abdomen qui pousse (dyspnée), parfois la gueule ouverte : signe possible d'un œdème pulmonaire.
- Une fatigue inhabituelle, un chat qui se cache, mange moins, joue moins (léthargie).
- Une paralysie brutale de l'arrière-train, avec des pattes arrière froides, douloureuses et le chat qui hurle : c'est le signe d'une thromboembolie aortique (un caillot qui bloque la circulation vers les pattes arrière). C'est une urgence absolue.
- Dans les cas les plus dramatiques, une mort subite, parfois révélatrice de la maladie.
Quand consulter en urgence
Filez chez un vétérinaire ou aux urgences vétérinaires sans attendre si votre chat respire vite ou avec difficulté, respire la gueule ouverte, ou présente une paralysie soudaine de l'arrière-train avec des pattes froides et douloureuses. La paralysie brutale du train arrière liée à un caillot est une urgence vitale : la prise en charge ne se joue qu'en quelques heures. Ne massez pas les pattes, ne donnez aucun médicament humain, transportez votre chat au calme et prévenez la clinique que vous arrivez.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
L'examen de référence est l'échocardiographie, c'est-à-dire l'échographie du cœur. Elle est indolore, se fait sur un chat vigile ou légèrement contentionné, et permet de mesurer l'épaisseur réelle des parois cardiaques. C'est le seul examen qui permet de distinguer un souffle bénin d'une vraie maladie du muscle cardiaque, et d'évaluer la sévérité. Le vétérinaire peut la compléter par un électrocardiogramme (ECG) et un examen Doppler.
Et le test génétique, alors ?
Le test ADN est utile mais ne remplace pas l'échographie. Il indique si un chat porte une mutation connue, donc un risque, mais pas s'il développera ou non la maladie, ni à quel point. À l'inverse, un test ADN négatif ne garantit pas que le chat est indemne : il existe des formes de CMH sans mutation identifiée, et toutes les races n'ont pas de test disponible. En résumé : le test ADN sert surtout à orienter la sélection en élevage, l'échographie sert à savoir si un cœur donné est réellement atteint.
Peut-on la soigner ? Traitement et pronostic
Il n'existe à ce jour aucun traitement qui guérit la CMH ni qui fait disparaître l'épaississement du muscle. La prise en charge vise à gérer la maladie et à prévenir ou traiter ses complications (accumulation de liquide, caillots). Selon le stade et les complications, un vétérinaire peut mettre en place un suivi et prescrire des médicaments adaptés à chaque chat. Ces choix relèvent strictement de votre vétérinaire : n'administrez jamais de médicament de votre propre initiative.
Le pronostic est très variable. Beaucoup de chats atteints d'une forme légère vivent longtemps avec une bonne qualité de vie, sous surveillance. D'autres évoluent vers l'insuffisance cardiaque ou font une complication grave. C'est cette imprévisibilité qui rend le suivi régulier si précieux.
Dépistage, prévention et coût
On ne peut pas empêcher un chat de naître avec une prédisposition génétique. La meilleure prévention se joue donc en amont, à l'élevage, et dans le suivi. Si vous adoptez un chaton d'une race concernée, choisissez un éleveur qui fait dépister ses reproducteurs, à la fois par test ADN quand il existe et par échographie cardiaque régulière. C'est un vrai marqueur de sérieux.
Pour un chat déjà adopté d'une race à risque, un dépistage échographique permet de repérer une CMH avant qu'elle ne se complique. Côté budget, un dépistage échographique de la CMH coûte en général de 80 à 150 € selon les sources françaises, et une échographie cardiaque complète chez un cardiologue référé peut coûter davantage. Les tarifs sont plus élevés dans les grandes villes. Un test ADN se commande auprès d'un laboratoire spécialisé et son prix s'ajoute à celui de la consultation.
L'essentiel à retenir
La CMH est fréquente, souvent silencieuse, et ne se voit qu'à l'échographie. Si votre chat appartient à une race prédisposée, parlez dépistage à votre vétérinaire. Et gardez en tête le signe d'urgence numéro un : une paralysie brutale de l'arrière-train, c'est aux urgences, tout de suite. Cet article informe mais ne remplace pas une consultation.
Les races les plus concernées
Dans nos fiches races, cette prédisposition est documentée et sourcée pour :
L'avis du véto

Contrôle vétérinaire
Vous êtes vétérinaire ?
Votre regard professionnel a sa place ici : chaque praticien vérifié peut laisser son avis, publié après relecture par la rédaction.
Connectez-vous puis faites vérifier votre numéro d'Ordre (France, Belgique ou Suisse) : la vérification se fait dans l'annuaire public, aucune copie de diplôme n'est demandée ni conservée, et votre numéro n'est jamais publié.
Questions fréquentes
La cardiomyopathie hypertrophique du chat est-elle héréditaire ?
Chez plusieurs races, oui. Des mutations du gène MYBPC3 sont bien identifiées chez le Maine Coon (A31P) et le Ragdoll (R820W), avec une transmission autosomique dominante. Mais il existe aussi des formes sans mutation connue, et l'expression de la maladie varie beaucoup d'un chat à l'autre. Un test génétique évalue un risque, il ne dit pas si le chat sera malade.
Mon chat n'a aucun symptôme, peut-il quand même avoir une CMH ?
Oui, et c'est le cas le plus fréquent au début. La CMH est souvent totalement silencieuse et peut n'être découverte que lors d'une échographie ou parce que le vétérinaire entend un souffle. C'est pourquoi le dépistage est recommandé pour les races prédisposées, même chez un chat qui semble en pleine forme.
Mon chat ne bouge plus ses pattes arrière, que faire ?
C'est une urgence vétérinaire absolue. Une paralysie soudaine du train arrière, avec des pattes froides et douloureuses, évoque un caillot bloquant la circulation (thromboembolie aortique), complication classique de la CMH. La prise en charge se joue en quelques heures. Transportez votre chat au calme vers les urgences vétérinaires immédiatement, sans lui donner aucun médicament.
Comment diagnostique-t-on la CMH avec certitude ?
Par une échocardiographie, l'échographie du cœur. C'est le seul examen qui mesure l'épaississement réel des parois et distingue un souffle bénin d'une vraie maladie. Le test ADN complète mais ne remplace pas l'échographie.
Peut-on guérir un chat atteint de cardiomyopathie hypertrophique ?
Non, il n'existe pas de traitement curatif à ce jour. La prise en charge vise à gérer la maladie, ralentir son évolution et prévenir les complications. Beaucoup de chats avec une forme légère vivent longtemps sous surveillance vétérinaire. Le pronostic dépend du stade et des complications éventuelles.
Faut-il faire un test génétique avant d'adopter un chaton ?
Pour une race concernée, privilégiez un éleveur qui fait dépister ses reproducteurs par test ADN quand il existe et par échographie cardiaque. Le test ADN sur le chaton peut compléter, mais un résultat négatif ne garantit pas l'absence de maladie, et toutes les races n'ont pas de test disponible.
Questions de la communauté
Une question que la page ne couvre pas ? Posez-la : les meilleures sont publiées ici avec leur réponse.
Commentaires
La parole est aux membres. Restez courtois, les liens ne sont pas acceptés, et les images passent par la modération avant d'être visibles.
Cet article a une vocation d'information et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Au moindre doute sur la santé de votre chat, consultez un vétérinaire.
Les informations médicales valent pour l'ensemble des lecteurs francophones. En revanche, les prix, obligations légales et pratiques cités sont donnés à titre de référence française : ils peuvent varier en Belgique, en Suisse, au Luxembourg et au Québec. Vérifiez toujours auprès d'un vétérinaire ou des autorités de votre pays.
Nos sources
- Antagène (laboratoire de génétique animale, France) : fiche Cardiomyopathie hypertrophique (mutations MYBPC3 A31P / HCM-A et R820W / HCM-C, races, transmission)
- Antagène : article CMH Sphynx et gène ALMS1 (fiabilité du test)
- LOOF (Livre Officiel des Origines Félines) : rubrique Santé / dépistage des maladies héréditaires
- Association Française du Ragdoll : dossier CMH/HCM (dépistage éleveurs)
- WanimoVéto : La thromboembolie aortique féline (urgence, lien avec la CMH)
- Wikipédia FR : Cardiomyopathie hypertrophique féline (prévalence ~15 %, races, échocardiographie)
- Mon Assurance Animal : CMH du chat, prévalence 10-15 % (jusqu'à ~30 % Maine Coon/Ragdoll) et coût du dépistage échographique 80-130 €
- Zooplus Magazine : La CMH chez le chat (vue d'ensemble)

À garder sous la patte
Épinglez cet article
Pour le retrouver le jour où vous en aurez besoin, et le partager avec ceux qui en ont un aussi. Un clic, c'est dans votre tableau.
Épingler sur PinterestÀ lire aussi
Tout santé →La stérilisation du chat : âge, prix, déroulement et suites, le guide complet
À quel âge, combien ça coûte, comment ça se passe et quoi surveiller après ? On répond à toutes vos questions sur la stérilisation du chat et de la chatte, en démêlant le vrai du faux.
LireFaut-il assurer son chat ? Comment marche l'assurance santé chat et combien elle coûte
Cotisation, taux de remboursement, franchise, délais de carence, exclusions : on explique clairement comment fonctionne une assurance pour chat, ce qu'elle coûte selon votre pays, et dans quels cas elle vaut vraiment le coup.
LireSymptômes du chat qui doivent alerter : quand consulter, quand foncer aux urgences
Le chat masque sa douleur jusqu'au bout. Voici comment trier ses symptômes en trois niveaux : ce qui impose de filer aux urgences, ce qui se voit sous 24 à 48 heures, et ce qui se surveille.
Lire